Créateur de dissonance depuis 1984

Médiation numérique, conseil, formation

Le numérique ne simplifie rien.
Il complique tout.

Et c’est là que ça devient intéressant

Icône drone

TikTok rend-il vraiment accro ?

30 Mar 2026

Faute de mieux,
on scrolle encore.

Le drone observe

(La réponse est moins simple que le slogan)

Une phrase qui marche très bien

On entend souvent :
« TikTok rend accro. »

La phrase est simple.
Elle fonctionne bien dans les médias ou les discussions.

Elle raconte une histoire claire :

  • une application
  • une mécanique
  • des utilisateurs piégés

Mais les recherches racontent une histoire plus nuancée.

Les scientifiques distinguent plusieurs situations :

  • une habitude forte
  • certains effets cognitifs
  • et, plus rarement, une addiction réelle

L’addiction dépend aussi du contexte

Dans les années 1980, des chercheurs ont mené des expériences appelées Rat Park.

Ils ont observé des rats exposés à de la morphine.

  • Dans des cages pauvres et isolées, les rats consomment beaucoup.
  • Dans un environnement riche et social, ils consomment moins.

La substance est la même.
Mais l’environnement change tout.

Cette idée reste importante :

les addictions dépendent aussi du contexte de vie.

Stress, solitude, ennui ou fatigue peuvent jouer un rôle.

Pour TikTok, cela signifie une chose simple :

on ne peut pas expliquer les usages uniquement par l’application.

Même avec le scroll infini, les gens s’arrêtent

TikTok utilise un scroll infini :
les vidéos s’enchaînent sans fin.

On pourrait penser que les utilisateurs ne s’arrêtent jamais.

Mais les recherches montrent autre chose.

Les utilisateurs arrêtent souvent pour trois raisons :

  1. La vie réelle reprend
    quelqu’un parle, une tâche arrive.
  2. L’application fatigue
    répétition, ennui, impression d’avoir fait le tour.
  3. Une décision personnelle
    on regarde l’heure, on se dit qu’il faut arrêter.

Même dans un design très optimisé,
les utilisateurs gardent une capacité d’arrêt.

Les vidéos courtes ont un effet particulier

Certaines recherches ont étudié les vidéos très courtes.

Les participants regardaient :

  • soit des vidéos courtes type TikTok
  • soit des contenus plus longs
  • soit du texte

Ensuite, ils devaient réaliser une tâche.

Résultat :

les vidéos courtes perturbent davantage une capacité appelée
mémoire prospective.

C’est la capacité à :

  • se souvenir d’une intention
  • et la réaliser au bon moment

Autrement dit :

après une session longue de vidéos très courtes,
il devient parfois plus difficile de reprendre ce qu’on voulait faire.

TikTok agit alors comme un brouilleur d’intentions,
pas comme une drogue.

Pourquoi le flux peut être difficile à quitter

Il existe cependant une mécanique importante.

Elle vient du jeu d’argent.

Dans les casinos, la récompense est imprévisible :

  • on gagne parfois
  • parfois non
  • parfois beaucoup

Cette incertitude renforce l’attention.

TikTok utilise une logique proche :

  • certaines vidéos sont très intéressantes
  • d’autres beaucoup moins
  • mais la suivante sera peut-être la bonne

Cela encourage à regarder encore une vidéo.

Ce n’est pas une addiction chimique.
Mais cela peut rendre le flux très collant.

« Je suis addict » : souvent une habitude forte

Beaucoup de personnes disent :
« Je suis addict aux réseaux sociaux. »

Les recherches montrent que ce n’est pas toujours une addiction au sens clinique.

Souvent, il s’agit plutôt :

  • d’une habitude forte
  • difficile à réguler

Se définir comme « addict » peut même avoir un effet négatif :

  • sentiment d’impuissance
  • impression que rien ne peut changer

Or, dans beaucoup de cas, les utilisateurs peuvent reprendre la main sur leurs usages.

Alors, TikTok rend-il accro ?

La réponse est nuancée.

Oui, TikTok peut devenir problématique dans certaines situations, par exemple quand :

  • la personne est isolée
  • elle est stressée ou anxieuse
  • il existe peu d’alternatives dans la vie quotidienne

Mais pour beaucoup d’utilisateurs, on observe surtout :

  • une habitude forte
  • une surcharge cognitive liée aux vidéos très courtes
  • et des mécanismes de récompense qui encouragent à rester

TikTok n’est donc ni neutre ni démoniaque.

Les effets apparaissent surtout dans la rencontre entre :

  • le design de l’application
  • le contexte de vie
  • et les vulnérabilités individuelles
Couple présenté comme enseignante et chef de projet IT exprimant une critique des grandes plateformes numériques (GAFAM)

Pour aller plus loin

Certains parents cherchent à résister aux plateformes et à limiter leur place dans la vie familiale.

👉 Lire aussi : Clémence et Romain en ont marre des GAFAM

Pub

Souris attirée par un smartphone utilisé comme piège avec appât, illustration satirique des techniques de captation de l’attention dans les applications numériques

Sources

Anselme & Robinson (2020) — From sign-tracking to attentional bias. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry.

Thomson et al. (2021) — Social media “addiction”: The absence of an attentional bias. Journal of Behavioral Addictions.

Mayer et al. (2024) — Attention to Social Media Newsfeed Post Elements. Social Media + Society.

Meinhardt et al. (2025) — Contextual Influences on Infinite Scrolling. CHI Proceedings.

Sharma et al. (2022) — Doomscrolling on Social Media Newsfeeds. Technology, Mind, and Behavior.