Elle connaît la règle…
mais personne n’a la solution.
Vignette de la situation
Fatoumata a trente ans.
Elle élève seule sa fille de six mois.
Depuis quelques mois, elle a lancé une micro-entreprise de couture. Les commandes arrivent surtout par bouche-à-oreille. Pour s’en sortir, elle travaille neuf à dix heures par jour.
Pendant qu’elle coud, sa fille est souvent installée devant la télévision.
Lors d’un atelier parentalité, une mère évoque la situation de sa voisine.
L’intervenant rappelle que les écrans ne sont pas recommandés à cet âge.
La mère répond simplement :
Fatoumata le sait.
Les recommandations (tâche prescrite)
🧠 Repères (enfant)
📱Enfants et écrans (0–11 ans)
👉 Comprendre les recommandations : pourquoi c’est compliqué ?
- Les règles ne disent pas toutes la même chose
- Elles viennent de différents domaines (santé, éducation, droit)
- Elles ne parlent pas des mêmes situations
👉 Ce qu’il faut retenir
- Il n’y a pas une seule règle pour tous
- Les chiffres (1h, 2h…) ne suffisent pas
- Le contexte est très important
👶 0 – 3 ans
- Éviter les écrans
- Priorité : parler, jouer, bouger
🧒 3 – 6 ans
- Limiter le temps (environ 1h max)
- Regarder avec un adulte
- Pas d’écran avant de dormir
👦 6 – 9 ans
- Le temps ne suffit plus
- Penser au sommeil, sport, école
- Mettre des règles claires
🧑 9 – 11 ans
- Entrée dans Internet
- Accompagner l’enfant
- Parler des usages
⚠️ Important
- Les enfants ont des droits en ligne
- Les plateformes ont aussi une responsabilité
✅ En résumé
- Moins d’écran quand ils sont petits
- Plus d’accompagnement en grandissant
- Toujours garder l’équilibre (sommeil, jeu, relations)
🧠 Repères (adolescent)
📱 Adolescents et écrans (12–17 ans)
👉 Comprendre les recommandations : pourquoi c’est compliqué ?
- Pas de règle simple comme “2h max”
- Les écrans font partie de la vie sociale
- Chaque adolescent est différent
👉 Ce qu’il faut retenir
- Le temps d’écran ne suffit pas
- Tout dépend du contexte
- Les écrans peuvent être utiles ou poser problème
🧑 12 – 14 ans
- Les usages augmentent rapidement
- Les règles doivent être claires et discutées
- Parler des réseaux sociaux et des données personnelles
- Faire attention au sommeil et à l’école
🧑🦱 14 – 17 ans
- Plus d’autonomie dans les usages
- Un usage intensif n’est pas toujours un problème
- Attention si le jeune s’isole
- Attention si le sommeil est perturbé
- Attention si l’école devient difficile
🧠 Santé mentale
- Les écrans ne sont pas la seule cause des difficultés
- Ils peuvent aggraver un mal-être déjà présent
🌐 Internet et données
- Les plateformes cherchent à capter l’attention
- Les données personnelles sont utilisées
- Les adolescents ont des droits en ligne
⚠️ Important
- Les parents ne sont pas les seuls responsables
- Les plateformes ont aussi une responsabilité
✅ En résumé
- Pas de règle unique pour tous
- Observer les effets sur la vie quotidienne
- Privilégier l’équilibre : sommeil, relations, école, activités
Les recommandations concernant les très jeunes enfants sont relativement convergentes.
Avant trois ans, plusieurs institutions de santé publique recommandent d’éviter l’exposition aux écrans ou de la limiter fortement. À cet âge, le développement de l’enfant repose d’abord sur les interactions humaines, le langage, le mouvement et l’exploration sensorielle.
Les écrans sont notamment déconseillés lorsqu’ils remplacent les interactions avec l’adulte ou lorsqu’ils deviennent un moyen d’occuper l’enfant.
Les repères insistent aussi sur l’importance de la présence attentive de l’adulte. Les échanges de regards, la parole adressée à l’enfant, le jeu et les interactions quotidiennes sont considérés comme des éléments essentiels du développement.
Dans cette perspective, la situation semble simple à interpréter : un bébé de six mois ne devrait pas être exposé à la télévision.
La situation réelle
Mais la scène racontée pendant l’atelier montre une réalité un peu différente.
Fatoumata connaît déjà ces recommandations.
Le problème n’est donc pas un manque d’information.
Sa situation est structurée par d’autres contraintes.
Elle travaille seule.
Elle doit produire pour maintenir son activité.
Son logement est aussi son lieu de travail.
Elle ne dispose pas forcément d’une solution de garde.
La télévision ne correspond pas ici à un choix éducatif réfléchi.
Elle fonctionne plutôt comme un aménagement domestique qui permet de continuer à travailler tout en gardant son enfant.
Dans cette configuration, rappeler la recommandation ne change pas réellement la situation. Fatoumata ne peut pas simplement décider d’arrêter la télévision si aucune autre solution n’existe pour organiser la journée.
Ce que révèle l’écart entre prescrit et réel
L’écart entre la recommandation et la situation réelle ne révèle pas nécessairement un manque de vigilance parentale.
Il met surtout en évidence une difficulté pratique.
Les recommandations supposent implicitement certaines conditions : du temps disponible, une organisation familiale stable, parfois la présence d’un second adulte ou d’un relais de garde. Dans certaines situations, ces conditions ne sont tout simplement pas réunies.
Lorsque les messages publics se limitent à rappeler ce qu’il faudrait faire, ils risquent alors de transformer une contrainte quotidienne en problème de comportement parental.
La scène racontée dans l’atelier illustre un point souvent observé sur le terrain : les parents ne découvrent pas les recommandations au moment où on les leur présente. Ils les connaissent déjà.
Ce qui manque le plus souvent n’est pas l’information, mais la possibilité concrète de faire autrement.

Pour aller plus loin
Lorsque les écrans apparaissent dans la relation parent-enfant, ils sont souvent interprétés comme un signe de désengagement parental.
Les recherches montrent pourtant que ces situations sont souvent liées à **la fatigue, au stress ou à l’organisation du quotidien**, et pas seulement à la présence du téléphone.
👉 Lire aussi : La technoférence est-elle un buzzword ?
Erreur 404 : réponse introuvable
Quelque part, une situation numérique devient incompréhensible.
Un parent s’inquiète.
Un professionnel hésite.
Les recommandations ne suffisent plus.
Alors quelqu’un allume le signal.
VBe404.
Voici comment il intervient.
Exemples d'ateliers et d'interventions
@bébémignon — “La vie numérique commence avant la vie tout court”
(atelier tout public)
Un bébé raconte sa vie numérique… avant même de savoir parler.
À travers un récit immersif, les participants découvrent comment les outils numériques apparaissent très tôt dans la relation parent-enfant : photos partagées, écrans présents dans l’environnement, objets connectés, moments d’attention partagée.
L’atelier permet d’aborder sans jugement des notions comme technoférence, sharenting, identité numérique et attention, afin de comprendre ce qui se joue dans la vie quotidienne des familles.
Les écrans et la science — petite enfance
(intervention pour professionnels)
Que disent réellement les recherches sur les écrans chez les très jeunes enfants ?
Cette intervention propose un état des connaissances scientifiques : développement du langage, interactions parent-enfant, attention, technoférence et conditions sociales des usages.
L’objectif est d’aider les professionnels à analyser les situations familiales avec nuance, en distinguant recommandations sanitaires, contraintes sociales et pratiques réelles des parents.



