ce n’est pas le téléphone qui coupe le lien…
c’est l’attention qui manque déjà.
Le mot technoférence est aujourd’hui très présent dans les médias.
Il désigne une situation simple : un parent utilise son téléphone pendant qu’il est avec son enfant.
La question paraît évidente.
Les smartphones abîmeraient-ils la relation parent-enfant ?
Quand on regarde les recherches, la réponse est plus nuancée.
Un mot qui a cristallisé des inquiétudes
Dans les débats publics, la technoférence est souvent présentée de manière très simple.
Le téléphone « volerait » l’attention des parents et nuirait directement aux enfants.
Le psychologue Olivier Duris montre que ce récit reprend des peurs anciennes.
Hier, la télévision était accusée de « rendre autiste ».
Aujourd’hui, les smartphones seraient une nouvelle drogue.
Dans ce contexte, la technoférence peut devenir un mot-épouvantail.
Il permet de désigner facilement le parent « scotché à son téléphone », présenté comme responsable des difficultés éducatives.
Mais la réalité est plus complexe.
Ce que montrent les recherches
Les chercheurs McDaniel et Radesky définissent la technoférence comme les interruptions des échanges parent-enfant par un appareil numérique : appel, message, notification ou consultation rapide.
Leur étude menée auprès de 183 familles montre un phénomène circulaire.
Lorsque l’enfant présente plus de colères ou d’agitation, le stress parental augmente.
Lorsque le stress augmente, les parents utilisent davantage leur téléphone pour souffler ou se distraire.
Et ce retrait d’attention peut ensuite être associé à davantage de difficultés chez l’enfant.
La technoférence n’est donc pas un phénomène isolé.
Elle apparaît souvent dans des situations où le stress et la fatigue sont déjà présents.
Quand l’écran n’est plus le facteur principal
Une étude expérimentale récente apporte un éclairage intéressant.
Les chercheurs ont comparé trois situations :
- un parent qui joue avec son enfant
- un parent interrompu par un questionnaire sur tablette
- un parent interrompu par un questionnaire papier
Dans les deux cas d’interruption, la qualité de l’interaction diminue.
Le parent parle moins et répond moins aux sollicitations de l’enfant.
Mais il n’y a pas de différence significative entre la distraction numérique et la distraction non numérique.
Autrement dit, le problème n’est pas forcément l’écran lui-même.
C’est l’attention du parent, qui devient momentanément indisponible.
Des parents souvent fatigués
Olivier Duris décrit aussi une réalité plus quotidienne.
Beaucoup de parents sont simplement fatigués ou débordés.
Le téléphone peut alors servir de refuge temporaire dans des journées chargées.
Ce retrait peut parfois accentuer les tensions avec l’enfant.
Mais il ne traduit pas forcément un manque d’intérêt pour lui.
Il reflète souvent l’épuisement du quotidien familial.
Un parent suffisamment disponible
Les approches contemporaines du développement insistent sur une idée simple.
Un parent n’a pas besoin d’être parfaitement disponible.
Un parent « suffisamment bon » est surtout capable :
- de reconnaître ses moments d’indisponibilité
- de les expliquer
- et de préserver certains moments d’attention partagée
Le problème n’est donc pas seulement l’objet numérique.
C’est surtout lorsque l’absence d’attention devient difficile à comprendre pour l’enfant.
Conclusion
La technoférence n’est pas seulement un mot à la mode.
Elle permet de décrire une situation réelle : l’attention parentale peut être interrompue par de nombreux dispositifs, numériques ou non.
Mais les recherches montrent que ces situations sont souvent liées à des facteurs plus larges :
- le stress
- la fatigue
- les contraintes du quotidien
La technoférence n’est donc pas une cause unique.
Elle révèle plutôt une tension moderne : l’attention devient une ressource de plus en plus sollicitée.

Pour aller plus loin
Dans la vie quotidienne, les écrans servent souvent à gérer des situations concrètes : calmer un enfant, préparer le repas ou souffler quelques minutes.
👉 Lire aussi : Pourquoi les parents laissent les enfants devant les écrans ?
Sources
Arnaudeau et al. (2024) — La technoférence au sein des relations familiales. érès.
Chamam et al. (2024) — Digital and non-digital parental distraction. Frontiers in Child and Adolescent Psychiatry.
Duris (2022) — Quand l’écran “fait écran” à la relation parent-enfant. Yapaka.
McDaniel & Radesky (2018) — Technoference and child behavior problems. Pediatric Research.



