On découvre,
on s’emballe,
on corrige…
puis on oublie.
(La fin de cet article va vous surprendre)
La question est brutale.
Mais elle a été largement reprise dans les médias.
Pendant plusieurs années, certains titres ont affirmé que les écrans pouvaient rendre les enfants moins intelligents.
Cette idée vient en partie d’une étude sur… les dessins d’enfants.
Quand un dessin fait paniquer tout le monde
En 2006, une étude affirme que les enfants qui regardent beaucoup la télévision dessinent des bonshommes moins détaillés.

Selon les auteurs, ces dessins moins élaborés pourraient révéler un retard cognitif.
L’idée est simple et très visuelle :
un bonhomme mal dessiné = un cerveau qui fonctionne moins bien.
Mais ce raisonnement pose plusieurs problèmes.
Le test du bonhomme est un outil ancien.
Il dépend beaucoup du contexte dans lequel vit l’enfant.
Et surtout, l’étude ne prend pas correctement en compte des facteurs importants :
- le niveau d’études des parents
- les ressources de la famille
- l’environnement culturel de l’enfant
Or ces éléments influencent à la fois le temps d’écran et les activités de dessin.
Quand on regarde les données de plus près
Une étude beaucoup plus solide a été menée en France avec la cohorte ELFE, qui suit plusieurs milliers d’enfants.
Les chercheurs ont étudié le lien entre :
- le temps d’écran à 2 et 3 ans
- la qualité du dessin à 3 ans et demi
Au début, une association apparaît :
les enfants qui regardent plus d’écrans dessinent un peu moins bien.
Mais lorsque les chercheurs prennent en compte :
- le niveau d’études des parents
- les revenus
- l’environnement familial
- l’accès aux livres et aux jeux
l’effet des écrans disparaît presque entièrement.
Autrement dit, ce ne sont pas les écrans qui expliquent la différence.
Ce sont surtout les conditions de vie et les ressources éducatives des familles.
Un scénario fréquent dans les paniques technologiques
Cette histoire n’est pas unique.
La chercheuse Amy Orben décrit un phénomène récurrent avec les nouvelles technologies.
Le cycle est souvent le même :
- une inquiétude apparaît
- une étude spectaculaire confirme cette peur
- les médias s’emparent du sujet
- puis des recherches plus solides arrivent et nuancent les résultats
Mais ces études plus prudentes attirent beaucoup moins l’attention.
Moralité
Les meilleures données disponibles permettent de dire une chose assez claire :
Les écrans ne rendent pas les enfants crétins.
Les facteurs les plus importants pour le développement des enfants restent :
- le langage à la maison
- les interactions avec les adultes
- l’accès aux livres et aux jeux
- les conditions de vie de la famille
Les écrans peuvent parfois être un symptôme d’un environnement moins stimulant.
Mais ils ne sont généralement pas la cause principale.
L’écran est un coupable facile.
Les inégalités sociales, elles, sont beaucoup plus difficiles à expliquer… même avec un bonhomme bien dessiné.

Pour aller plus loin
Certaines paniques autour des écrans reposent sur des études spectaculaires… parfois surinterprétées.
C’est aussi le cas de l’idée selon laquelle les écrans pourraient provoquer l’autisme.
👉 Lire aussi : Les écrans rendent-ils les enfants autistes ?
Sources
Poncet, L., et al. (2024). Screen viewing and drawing ability in the ELFE cohort. Scientific Reports.
Ramus, F., Bernard, J. Y., & Lavielle-Guide, M. (2022). Analyse critique de l’étude Winterstein et Jungwirth. ANAE.
Orben, A. (2020). The Sisyphean Cycle of Technology Panics. Perspectives on Psychological Science.



