Les ados scrollent.
Les adultes paniquent.
C'est la vie...
(Une idée qui circule bien… mais qui résiste mal aux données)
Une idée qui fonctionne bien
On entend souvent la même chose :
le scroll serait une sorte de piège.
Un geste qui capte notre attention.
Un mécanisme qui court-circuite notre volonté.
Dès que le pouce touche l’écran, l’utilisateur serait entraîné dans une spirale automatique.
Cette image est simple.
Mais elle ne correspond pas bien à ce que montrent les recherches.
Comment fonctionnent les vraies addictions
Dans les addictions reconnues — alcool, drogues ou jeu d’argent — les chercheurs observent un phénomène particulier : le biais attentionnel.
Certains stimuli deviennent difficiles à ignorer.
Par exemple :
- une bouteille d’alcool
- une machine à sous
- un logo de casino
Ces signaux attirent automatiquement l’attention.
Les travaux de Philippe Anselme et Miles Robinson montrent que certaines personnes attribuent une valeur très forte aux indices qui annoncent une récompense.
Ces signaux peuvent alors capter l’attention presque automatiquement.
C’est ce modèle qui inspire souvent l’idée que le scroll fonctionnerait comme une machine à sous cognitive.
Ce que montrent les expériences
Si les réseaux sociaux fonctionnaient comme une addiction forte, on devrait retrouver ce biais attentionnel.
C’est ce qu’ont testé Katie Thomson et ses collègues.
Dans leurs expériences, les participants voient différentes icônes de smartphone, dont celles de réseaux sociaux. Les chercheurs observent lesquelles attirent le regard.
Le résultat est clair :
les icônes de réseaux sociaux n’attirent pas plus l’attention que les autres.
Et cela reste vrai :
- chez les gros utilisateurs
- chez ceux qui se disent eux-mêmes « accros »
Autrement dit, l’usage fréquent d’une application ne crée pas automatiquement un biais attentionnel comparable à celui observé dans les addictions.
Ce que fait réellement le scroll
D’autres chercheurs ont observé ce qui se passe quand les gens scrollent vraiment.
André-Tobias Mayer et ses collègues ont utilisé l’eye-tracking pour suivre le regard des utilisateurs dans des fils d’actualité.
Le résultat est simple :
le regard s’adapte au contexte.
Sur ordinateur, les images attirent beaucoup l’attention.
Sur smartphone, surtout en public, les utilisateurs regardent davantage :
- les titres
- les textes
- les sources.
Le scroll ne produit pas une hypnose collective.
Le regard suit plutôt une logique d’adaptation rapide.
Le contexte compte beaucoup
Les effets du scroll changent aussi selon les situations.
Les chercheurs Laura-Marie Meinhardt et ses collègues ont étudié des messages qui invitent les utilisateurs à arrêter de scroller après plusieurs minutes.
Leur efficacité dépend de nombreux facteurs :
- l’endroit où l’on se trouve
- la fatigue
- l’état émotionnel
Chez certaines personnes, ces messages fonctionnent.
Chez d’autres, ils n’ont presque aucun effet.
Si le scroll parasitait réellement le cerveau de façon automatique, ces différences seraient faibles.
Or elles sont très importantes.
Le cas du doomscrolling
Un terme revient souvent dans les débats : doomscrolling.
Il désigne le fait de rester longtemps dans des flux de mauvaises nouvelles.
Les recherches de Bhawana Sharma montrent que ce phénomène existe.
Mais il concerne surtout :
- des personnes anxieuses
- des situations de crise
- certains profils psychologiques.
Le doomscrolling n’est pas la norme pour tous les utilisateurs.
Le même fil d’actualité peut être une simple habitude pour l’un… et une spirale anxieuse pour l’autre.
Alors, parasite ou miroir ?
Si l’on imagine une technologie capable de contrôler automatiquement notre attention, la réponse est claire : non.
Les recherches montrent que :
- les réseaux sociaux ne créent pas de biais attentionnel comparable aux addictions reconnues
- le regard s’adapte aux contextes
- les effets varient selon les personnes et les moments
Mais certaines applications sont bien conçues pour encourager l’attention et le retour.
Elles jouent notamment sur :
- l’imprévisibilité des contenus
- la facilité du geste
- la répétition du défilement.
Le scroll ne ruine pas le cerveau.
Il révèle plutôt nos habitudes, notre fatigue et nos contextes d’usage.

Pour aller plus loin
Le scroll infini fonctionne souvent avec un autre ingrédient : les formats très courts.
Les vidéos très courtes combinent défilement continu et récompenses imprévisibles.
Cela peut rendre le flux très engageant.
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Sources
Anselme & Robinson (2020) — From sign-tracking to attentional bias. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry.
Thomson et al. (2021) — Social media “addiction”: The absence of an attentional bias. Journal of Behavioral Addictions.
Mayer et al. (2024) — Attention to Social Media Newsfeed Post Elements. Social Media + Society.
Meinhardt et al. (2025) — Contextual Influences on Infinite Scrolling. CHI Proceedings.
Sharma et al. (2022) — Doomscrolling on Social Media Newsfeeds. Technology, Mind, and Behavior.



