Beaucoup d’études pour dire :
ce n’est pas si simple.
Le parent hésite, discute, compose…
et ajuste en cours de route.
(La question est moins simple qu’elle en a l’air)
Une idée devenue évidente
Aujourd’hui, on entend souvent une chose :
un bon parent doit résister aux écrans.
Limiter les usages.
Filtrer les contenus.
Refuser certaines plateformes.
Dans les médias et les campagnes de prévention, ces gestes sont souvent présentés comme le signe d’une parentalité responsable.
Mais les recherches invitent à nuancer cette idée.
Les écrans ne forment pas un bloc unique.
Et les pratiques parentales ne se résument pas à résister ou laisser faire.
Ce qui compte surtout, c’est la manière dont les parents accompagnent les usages.
Résister aux écrans peut aussi être un marqueur social
Dans certaines familles, limiter les écrans devient aussi une manière de montrer que l’on est un parent attentif.
Dire que l’on :
- limite le temps d’écran
- choisit des contenus éducatifs
- refuse certaines applications
peut fonctionner comme un signe de bonne parentalité.
La sociologue Claire Balleys montre que ces discours servent parfois aussi à se comparer entre parents.
Parler des écrans permet alors de montrer :
- que l’on contrôle les usages
- que l’on protège ses enfants
- que l’on fait « mieux » que d’autres parents
Mais cette norme oublie souvent les contraintes réelles :
- fatigue
- horaires de travail
- logement petit
- peu de relais familiaux
Toutes les familles n’ont pas les mêmes conditions pour accompagner les usages.
Trois façons d’accompagner les écrans
Les recherches distinguent généralement trois stratégies parentales.
La médiation restrictive
Les parents posent des règles : durée, horaires ou contenus.
La médiation active
Les parents discutent avec l’enfant des contenus et des usages.
Le co-usage
Parents et enfants utilisent parfois les écrans ensemble.
Les résultats montrent que :
- les règles limitent surtout le temps d’écran
- la discussion et les usages partagés développent plutôt
l’esprit critique et les compétences numériques
Résister ne signifie donc pas seulement interdire.
Il s’agit plutôt de combiner plusieurs formes d’accompagnement.
Ce que les enfants ressentent des règles
Les recherches montrent aussi que la manière de poser les règles est importante.
Du point de vue des enfants :
- les règles expliquées et discutées sont mieux acceptées
- les règles trop autoritaires provoquent plus souvent frustration et contournement
Un enfant accepte plus facilement une règle quand :
- les parents expliquent leurs inquiétudes
- ils écoutent son point de vue
- ils acceptent d’ajuster certaines règles
Pour les jeunes, un « bon parent » n’est donc pas forcément celui qui interdit le plus.
C’est souvent celui qui reste disponible pour discuter.
Les limites du contrôle parental
De nombreux parents utilisent aujourd’hui des outils de contrôle parental :
- filtrage de contenus
- limitation du temps d’écran
- géolocalisation
- suivi des usages
Ces outils peuvent aider dans certaines situations.
Mais les recherches montrent aussi plusieurs limites :
- ils peuvent bloquer des contenus utiles
- ils peuvent réduire la confiance entre parents et adolescents
- ils encouragent parfois des stratégies de contournement
Les chercheurs recommandent donc de les utiliser comme un support de discussion, et non comme une solution magique.
Le parent « suffisamment bon »
Certains chercheurs reprennent une idée du psychanalyste Donald Winnicott :
celle du parent suffisamment bon.
Un parent suffisamment bon :
- n’est pas parfait
- ne contrôle pas tout
- accepte ses contradictions
Dans le domaine du numérique, cela signifie :
- poser quelques limites claires
- parler régulièrement des usages
- partager parfois certaines activités numériques
Un « bon parent » n’est donc pas un héros qui résiste à tout.
C’est plutôt un parent qui accompagne ses enfants dans un environnement numérique imparfait.

Pour aller plus loin
Les inquiétudes parentales concernent souvent certains contenus précis, par exemple les jeux vidéo ou la pornographie.
Mais les recherches montrent que leurs effets dépendent beaucoup du contexte, des usages et de l’accompagnement des adultes.
👉 Lire aussi : Les jeux vidéo et la pornographie pervertissent-ils la jeunesse ?
Sources
Balleys (2021) — Résistance parentale aux écrans
Chen & Shi (2019) — Parental mediation of children’s media use
Davis (2023) — Technology’s Child
Stoilova, Bulger & Livingstone (2023) — Parental control tools and their limits
Valkenburg et al. (2013) — Parental media mediation scale
Vossen et al. (2024) — Parenting and problematic social media use



