Les parents sont déboussolés…
pas désespérés.
Sur le terrain, le constat est fréquent.
Les parents disent que le numérique est un sujet important.
Ils expliquent parfois qu’ils se sentent dépassés et qu’ils aimeraient être accompagnés.
Mais lorsqu’un atelier est proposé, peu de parents viennent.
Ce décalage surprend souvent les professionnels.
On évoque alors des raisons pratiques : manque de temps, horaires compliqués, manque d’intérêt.
Mais ce paradoxe peut avoir d’autres explications.
Venir à un atelier peut être délicat
Les recherches de la sociologue Claire Balleys montrent que les écrans sont aujourd’hui liés à des normes de “bonne parentalité”.
Un bon parent devrait savoir :
- limiter les écrans
- poser des règles
- résister aux demandes des enfants
Dans ce contexte, participer à un atelier n’est pas toujours neutre.
Cela peut donner l’impression de devoir expliquer ses pratiques, ses difficultés ou ses contradictions.
Certains parents peuvent craindre d’être jugés ou évalués, même si ce n’est pas l’intention des intervenants.
Trop d’injonctions
Les messages adressés aux parents sont souvent très nombreux :
- alertes
- conseils
- interdictions
- recommandations
Les parents connaissent déjà ces discours.
Mais leur accumulation peut produire :
- de la culpabilité
- de la fatigue
- parfois de l’évitement
Dans ce contexte, certains ateliers peuvent être perçus comme un rappel de ce qu’il faudrait faire, plutôt que comme un espace de discussion.
Des normes parfois contradictoires
Les parents doivent aujourd’hui répondre à de nombreuses attentes :
- être présents mais pas intrusifs
- protéger sans contrôler
- laisser de l’autonomie sans être trop permissifs
Ces attentes ne sont pas toujours clairement formulées.
Mais elles influencent la manière dont les parents perçoivent les dispositifs qui leur sont proposés.
Un atelier peut alors apparaître comme un espace où ces normes sont renforcées, plutôt que discutées.
Les parents parlent rarement des écrans en général
Dans la réalité, les parents ne viennent presque jamais avec un problème abstrait.
Ils viennent avec des situations concrètes :
- un enfant qui ne mange qu’avec une tablette
- une télévision qui aide à tenir quand on est seul
- un adolescent qui s’isole
- des règles difficiles à faire respecter
Si l’intervention reste trop générale, elle risque de passer à côté de ces situations vécues.
Déplacer la question
La faible participation des parents ne signifie pas forcément un manque d’intérêt.
Elle peut traduire une prudence face à des espaces perçus comme :
- normatifs
- prescriptifs
- culpabilisants
La question devient alors différente.
Il ne s’agit plus seulement de se demander quoi dire aux parents.
Il s’agit aussi de réfléchir à l’espace que l’on leur propose pour en parler.
Parfois, changer le cadre suffit à rouvrir la discussion.

Pour aller plus loin
Les parents connaissent souvent déjà les recommandations sur les écrans.
Mais dans certaines situations, **les contraintes du quotidien rendent ces conseils difficiles à appliquer**.
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