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Peut-on être addict à ses amis hors-ligne ?

28 Mar 2026

Parfois, ce n’est pas l’objet qu’on observe…
c’est l’outil qui fabrique ce qu’on voit.

Le drone observe

(Quand les outils de mesure fabriquent des addictions)

Une question étrange

Peut-on être addict à ses amis ?

La question semble absurde.
Personne ne parle sérieusement d’addiction à l’amitié.

Pourtant, une étude publiée en 2021 a montré qu’on peut diagnostiquer une telle addiction… en utilisant les mêmes questionnaires que pour les réseaux sociaux.

Cette expérience volontairement provocatrice invite à regarder avec prudence les chiffres sur « l’addiction aux écrans ».

Quand un questionnaire fabrique un problème

Les chercheurs ont repris des questionnaires utilisés pour mesurer l’addiction aux réseaux sociaux.

Ils ont simplement remplacé les mots “réseaux sociaux” par “amis hors ligne”.

Les questions restent les mêmes :

  • envie irrépressible
  • difficulté à s’en passer
  • malaise quand on en est privé
  • sentiment de perte de contrôle

Résultat : une partie des répondants devient… addict à ses amis.

Quand l’intensité devient une pathologie

Cette expérience montre quelque chose d’important.

Un outil de mesure peut transformer un comportement social normal en symptôme.

Passer beaucoup de temps avec ses amis, penser souvent à eux ou être triste quand on les voit moins peut alors être interprété comme une addiction.

Le problème ne vient pas forcément des comportements.
Il peut venir de la manière dont on les mesure.

Pourquoi les chiffres varient autant

Une grande méta-analyse internationale a étudié l’addiction aux réseaux sociaux dans 32 pays.

Les résultats varient énormément selon les critères utilisés :

  • environ 5 % avec des critères très stricts
  • autour de 13 % avec des seuils plus larges
  • jusqu’à 25 % avec des définitions plus souples

Autrement dit : selon la manière dont on mesure, on peut décrire une petite minorité ou un quart de la population comme « addict ».

Le problème n’est peut-être pas l’addiction

De nombreuses recherches montrent que les usages intensifs d’Internet sont souvent liés à d’autres facteurs :

  • stress
  • anxiété
  • difficultés émotionnelles
  • sentiment d’isolement

Dans ce cas, les écrans ne sont pas forcément une drogue.

Ils peuvent être une manière de gérer des émotions difficiles ou de maintenir des relations sociales.

Une leçon simple

Si l’on applique les mêmes questionnaires aux écrans et à l’amitié, on peut diagnostiquer… une addiction aux amis.

Cette démonstration ne veut pas dire que tout va bien sur les réseaux sociaux.

Elle rappelle surtout une chose :

avant de parler d’« addiction », il faut regarder comment on mesure les usages.

Sinon, on risque de transformer des relations sociales ordinaires en pathologies.

Adolescent inquiet devant un smartphone entouré d’images alarmistes (monstre, danger, défi en ligne), illustration des paniques morales autour d’Internet

Pour aller plus loin

Certaines paniques autour d’Internet reposent sur des récits spectaculaires : défis dangereux, manipulations d’algorithmes, jeux mortels.

Mais plusieurs de ces histoires relèvent surtout de légendes urbaines amplifiées par les médias.

👉 Défis et challenges sur Internet : danger réel ou panique morale ?

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Affiche affirmant “arrêter de scroller c’est une question de volonté” avec un homme musclé soulevant un smartphone, illustration satirique du discours sur la volonté

Sources

Satchell et al. (2021) — Development of an Offline-Friend Addiction Questionnaire. Behavior Research Methods.

Cheng et al. (2021) — Prevalence of social media addiction across 32 nations. Addictive Behaviors.

Hussain & Starcevic (2020) — Problematic social networking site use. Current Opinion in Psychology.

Erhel et al. (2024)Predictors of problematic internet use. Computers in Human Behavior.