ce n’est pas l’écran qui prend du poids…
c’est le mouvement qui disparaît.
Les écrans ne contiennent pas de calories.
Pourtant, on entend souvent dire que les écrans feraient grossir les enfants.
Depuis une vingtaine d’années, plusieurs études observent un lien entre temps d’écran et prise de poids.
Mais ce lien est plus compliqué qu’il n’y paraît.
Les écrans ne font rien tout seuls.
Ils s’inscrivent dans des habitudes de vie : comment on bouge, comment on mange, comment on occupe son temps.
Quand on observe un lien entre écrans et poids, le mécanisme principal n’est généralement pas l’écran lui-même.
C’est la sédentarité.
Ce que montrent les études
Beaucoup d’études montrent qu’un temps d’écran plus élevé est associé à un IMC plus important.
Mais ces études sont souvent corrélationnelles : elles montrent une association, pas une cause.
Pour tester la causalité, certains chercheurs ont mené des études d’intervention.
Dans ces études, on demande aux enfants de réduire leur temps d’écran.
Les résultats montrent parfois une baisse modeste du poids ou du tour de taille.
Par exemple, une étude menée par Robinson en 1999 a montré qu’un programme scolaire réduisant la télévision et les jeux vidéo entraînait une légère diminution de l’IMC.
Mais ces effets restent :
- modestes
- variables selon les contextes
- et surtout indirects
Ce n’est pas l’écran qui agit directement sur le poids.
C’est ce que l’écran remplace.
Le rôle de la sédentarité
Lorsque le temps d’écran diminue, plusieurs choses peuvent changer :
- on bouge un peu plus
- on mange moins devant un écran
- on dort parfois mieux
- on voit moins de publicités pour certains aliments
Le point commun de ces effets est simple : on passe moins de temps immobile.
Les écrans sont des dispositifs très efficaces pour occuper du temps sans bouger.
Mais cela ne devient problématique que si les alternatives actives sont rares ou difficiles.
Pourquoi les enfants bougent moins
On parle souvent du temps d’écran.
On parle moins du temps passé dehors.
Or les recherches montrent que la mobilité des enfants a fortement diminué.
Le médecin britannique William Bird a popularisé un exemple célèbre : en comparant plusieurs générations d’une même famille, il montre que le territoire dans lequel un enfant peut se déplacer seul a beaucoup diminué en un siècle.
Aujourd’hui, les enfants se déplacent moins seuls :
- plus de circulation automobile
- plus d’accompagnement parental
- moins d’espaces de jeu accessibles
Résultat : les occasions de bouger diminuent.
Les écrans comme solution pratique
Dans ce contexte, les écrans remplissent souvent une fonction simple : occuper le temps à l’intérieur.
Ils permettent de :
- jouer
- discuter
- regarder des vidéos
- attendre
Accuser les écrans d’être la cause principale de la prise de poids peut donc être trompeur.
Les écrans sont souvent un symptôme d’un quotidien devenu plus sédentaire.
Ce que l’on peut dire
Les recherches permettent de dire plusieurs choses.
Réduire certains usages d’écran peut avoir des effets positifs, dans certains contextes.
Mais le facteur le plus important reste la sédentarité.
Les écrans deviennent problématiques surtout lorsque les occasions de bouger, sortir ou se déplacer diminuent.
Couper les écrans ne suffit donc pas toujours.
Sans changement des conditions de vie — mobilité, accès aux espaces extérieurs, autonomie — on risque simplement de déplacer le problème.
Les écrans ne font pas grossir parce qu’ils seraient toxiques.
Ils prennent de la place parce que le reste du terrain s’est rétréci.

Pour aller plus loin
Les inquiétudes sur les écrans et la santé des enfants ne concernent pas seulement le poids.
Une autre question revient souvent : les écrans abîment-ils les yeux ?
Or les recherches montrent que la progression de la myopie dépend surtout du temps passé dehors et des activités de vision de près.
👉 Lire aussi : Les écrans rendent-ils myopes ?
Sources
Epstein et al. (2008) — Reducing television viewing and computer use on body mass index in young children. Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine.
Bird (1990) — One false move: A study of children’s independent mobility. Policy Studies Institute.
Robinson (1999) — Reducing children’s television viewing to prevent obesity. JAMA.
Schmidt-Persson et al. (2024) — Screen media use and mental health of children and adolescents. JAMA Network Open.



