L’algorithme n’était pas en ligne…
il était à table.
Vignette de la situation
Enzo a douze ans.
Il participe à un atelier d’éducation aux médias.
La discussion porte sur l’actualité internationale.
À un moment, Enzo affirme que la Russie va envahir l’Ukraine.
Il explique que cela a un lien avec l’ancien bloc de l’Est et la nostalgie de l’Union soviétique.
Son raisonnement est structuré.
Le vocabulaire est précis.
L’intervenant lui pose une question simple :
— Tu tiens ça d’où ?
Enzo répond immédiatement :
— Ma mère. Elle est allée voir une voyante. C’est elle qui lui a dit.
La classe éclate de rire.
La situation peut sembler anecdotique.
Mais elle révèle quelque chose d’important : l’information ne circule pas seulement sur Internet.
Elle circule aussi dans les conversations ordinaires, entre proches, dans les familles et dans les groupes.
Les recommandations (tâche prescrite)
🧠 Repères (enfant)
📱Enfants et écrans (0–11 ans)
👉 Comprendre les recommandations : pourquoi c’est compliqué ?
- Les règles ne disent pas toutes la même chose
- Elles viennent de différents domaines (santé, éducation, droit)
- Elles ne parlent pas des mêmes situations
👉 Ce qu’il faut retenir
- Il n’y a pas une seule règle pour tous
- Les chiffres (1h, 2h…) ne suffisent pas
- Le contexte est très important
👶 0 – 3 ans
- Éviter les écrans
- Priorité : parler, jouer, bouger
🧒 3 – 6 ans
- Limiter le temps (environ 1h max)
- Regarder avec un adulte
- Pas d’écran avant de dormir
👦 6 – 9 ans
- Le temps ne suffit plus
- Penser au sommeil, sport, école
- Mettre des règles claires
🧑 9 – 11 ans
- Entrée dans Internet
- Accompagner l’enfant
- Parler des usages
⚠️ Important
- Les enfants ont des droits en ligne
- Les plateformes ont aussi une responsabilité
✅ En résumé
- Moins d’écran quand ils sont petits
- Plus d’accompagnement en grandissant
- Toujours garder l’équilibre (sommeil, jeu, relations)
🧠 Repères (adolescent)
📱 Adolescents et écrans (12–17 ans)
👉 Comprendre les recommandations : pourquoi c’est compliqué ?
- Pas de règle simple comme “2h max”
- Les écrans font partie de la vie sociale
- Chaque adolescent est différent
👉 Ce qu’il faut retenir
- Le temps d’écran ne suffit pas
- Tout dépend du contexte
- Les écrans peuvent être utiles ou poser problème
🧑 12 – 14 ans
- Les usages augmentent rapidement
- Les règles doivent être claires et discutées
- Parler des réseaux sociaux et des données personnelles
- Faire attention au sommeil et à l’école
🧑🦱 14 – 17 ans
- Plus d’autonomie dans les usages
- Un usage intensif n’est pas toujours un problème
- Attention si le jeune s’isole
- Attention si le sommeil est perturbé
- Attention si l’école devient difficile
🧠 Santé mentale
- Les écrans ne sont pas la seule cause des difficultés
- Ils peuvent aggraver un mal-être déjà présent
🌐 Internet et données
- Les plateformes cherchent à capter l’attention
- Les données personnelles sont utilisées
- Les adolescents ont des droits en ligne
⚠️ Important
- Les parents ne sont pas les seuls responsables
- Les plateformes ont aussi une responsabilité
✅ En résumé
- Pas de règle unique pour tous
- Observer les effets sur la vie quotidienne
- Privilégier l’équilibre : sommeil, relations, école, activités
Dans les programmes d’éducation aux médias et à l’information, plusieurs recommandations reviennent souvent.
Les jeunes doivent apprendre à :
- vérifier leurs sources
- identifier les biais cognitifs, comme le biais de confirmation
- comprendre le fonctionnement des bulles de filtre
Ces recommandations reposent sur une idée simple :
les plateformes numériques peuvent favoriser l’exposition à des informations qui confirment ce que l’on pense déjà.
L’objectif éducatif est donc de développer l’esprit critique face aux informations rencontrées en ligne.
Ce que révèle l’écart entre prescrit et réel
Dans la scène vécue avec Enzo, l’information ne vient pas d’Internet.
Elle vient d’une conversation familiale.
Ce type de situation est fréquent.
Les informations circulent souvent :
- dans les familles
- entre amis
- dans les discussions quotidiennes
Les sociologues décrivent ce phénomène depuis longtemps.
La théorie du two-step flow montre que l’information passe rarement directement des médias au public.
Elle transite souvent par des personnes de confiance qui jouent un rôle de relais.
Dans l’exemple d’Enzo :
voyante
↓
mère
↓
Enzo
↓
classe
Les recherches sur les rumeurs décrivent un phénomène proche.
Jean-Noël Kapferer montre que les rumeurs circulent avant tout dans les conversations ordinaires.
Elles se transforment au fil des échanges : l’histoire est simplifiée, certains éléments sont accentués et le récit s’adapte aux croyances du groupe.
Internet peut amplifier ces circulations.
Mais il n’en est pas toujours l’origine.
Le travail empêché
Pour l’intervenant, la difficulté est ailleurs.
Les recommandations pédagogiques insistent surtout sur :
- les plateformes
- les algorithmes
- les bulles de filtre
Mais la situation observée relève d’abord de la circulation sociale de l’information.
L’intervenant se retrouve donc face à un décalage.
Le cadre pédagogique lui demande d’expliquer :
- les biais cognitifs
- la vérification des sources en ligne
- le fonctionnement des algorithmes
Mais l’exemple concret concerne plutôt :
- la confiance accordée aux proches
- les conversations familiales
- la transmission de rumeurs
Sans ce cadre d’analyse, il devient difficile de relier la situation vécue aux recommandations pédagogiques.
Sources
Lazarsfeld, P. F., & Katz, E. (1955).
Personal Influence: The Part Played by People in the Flow of Mass Communications. Free Press.
Kapferer, J.-N. (1987).
Rumeurs : le plus vieux média du monde. Paris : Seuil.

Pour aller plus loin
Les idées et les croyances circulent souvent dans les groupes avant d’apparaître sur Internet.
C’est aussi le cas pour certains défis viraux, qui se diffusent entre adolescents avant de devenir visibles sur les réseaux sociaux.
👉 Lire aussi : Les défis sur Internet sont-ils vraiment dangereux ?
Erreur 404 : réponse introuvable
Dans la guerre contre les écrans
et les plateformes,
les dark patterns les plus redoutables
sont traqués
par les inspecteurs de la Section VBe404.
Voici Leur histoire…
Exemples d'ateliers et d'interventions
Mémocomplot
(atelier tout public)
Un jeu de cartes autour de 32 récits complotistes.
Les participant·es jouent d’abord à un memory revisité, puis doivent classer, regrouper et interpréter les récits. L’objectif n’est pas de piéger ni de débunker, mais de comprendre comment les idées circulent et comment les raisonnements se construisent.
Le format ludique et matériel crée un espace où l’on peut réfléchir ensemble sans humiliation ni confrontation.
Fake news & théories du complot
(intervention pour professionnels)
Comment naissent et circulent les croyances collectives ?
Cette intervention propose de distinguer fake news et théories du complot, d’analyser les mécanismes cognitifs et sociaux de l’adhésion, et de comprendre comment l’information circule dans un marché cognitif dérégulé.
À partir du jeu Mémocomplot, d’apports visuels et d’échanges guidés, l’intervention explore les biais cognitifs, les dynamiques sociales et l’exposition algorithmique sans débunkage humiliant ni simplification excessive.



