Les adultes ont fait un reset…
format C:
sur leurs plus belles années.
Chaque génération a ses peurs.
Dans les années 1950, des adolescents jouaient à qui freinerait le plus tard en voiture.
Aujourd’hui, ils se suicideraient sur Internet sur ordre d’un algorithme.
Même inquiétude.
Nouveau décor.
Depuis une dizaine d’années, les médias parlent régulièrement de défis dangereux sur les réseaux sociaux. Deux noms reviennent souvent : Blue Whale Challenge et Momo Challenge.
Mais lorsqu’on examine les enquêtes sérieuses, ces phénomènes apparaissent surtout comme des récits médiatiques amplifiés.
Blue Whale et Momo : des légendes virales
Le Blue Whale Challenge apparaît vers 2016 sur le réseau russe VKontakte.
Il aurait consisté en une série de cinquante défis menant progressivement au suicide. Des chiffres circulent rapidement : cent morts, parfois plus.
Pourtant, aucune enquête sérieuse n’a confirmé l’existence d’un tel jeu organisé.
Des investigations menées par la BBC ou Le Monde concluent à une légende urbaine.
Même scénario pour le Momo Challenge en 2018.
Une image inquiétante circule sur Internet.
On parle d’incitations au suicide sur WhatsApp ou YouTube Kids.
Écoles alertées, parents paniqués.
Mais aucun cas documenté.
Ces récits relèvent surtout du folklore numérique.
Les défis n’ont pas attendu Internet
Les défis entre adolescents existent depuis longtemps.
Dans La Fureur de vivre, James Dean joue déjà sa vie dans une course automobile devant ses pairs.
Bien avant TikTok, les adolescents se lançaient des défis dans les cours de récréation.
Les anthropologues parlent de rites de passage : des épreuves symboliques qui permettent de tester sa place dans le groupe.
Le numérique ne crée pas ces pratiques.
Il les rend simplement plus visibles.
Se montrer pour exister
Le sociologue Jocelyn Lachance parle d’ordalie numérique.
Poster une vidéo risquée, une image intime ou un défi peut être une manière de mettre son existence à l’épreuve du regard des autres.
Il ne s’agit pas forcément de chercher le danger.
Il s’agit souvent de chercher :
- une reconnaissance
- une validation
- une preuve d’existence sociale
La plupart des défis observés sont d’ailleurs ludiques ou humoristiques.
Les situations réellement dangereuses concernent surtout des adolescents déjà fragilisés.
Une panique morale
Pourquoi alors ces récits reviennent-ils si souvent ?
Le sociologue Stanley Cohen parle de panique morale : un moment où une société projette ses peurs sur un groupe perçu comme incontrôlable.
Aujourd’hui, ce groupe est souvent l’adolescent connecté.
Le sociologue Jocelyn Lachance parle même d’adophobie : une peur des adolescents, de leurs images et de leurs pratiques.
Internet devient alors un coupable commode, qui masque d’autres questions plus difficiles :
- la solitude
- les fragilités psychiques
- la pression scolaire
Sortir de la panique
Crier au danger absolu peut rassurer.
Mais cela empêche souvent de comprendre.
Les recherches invitent plutôt à :
- parler des usages réels
- contextualiser les pratiques
- accompagner les adolescents
Les défis numériques ne sont ni anodins, ni apocalyptiques.
Ils reflètent surtout les tensions et les besoins propres à l’adolescence.

Pour aller plus loin
Certains défis en ligne semblent spectaculaires.
Mais beaucoup de pratiques adolescentes sont en réalité plus ordinaires qu’elles n’en ont l’air.
👉 Snapchat pour tenir toute la nuit
Sources
Cohen (1972) — Folk devils and moral panics.
Haza-Péry & Rohmer (2020) — Les challenges numériques sur les réseaux sociaux.
Khasawneh et al. (2020) — Examining the Blue Whale Challenge. JMIR Mental Health.
Lachance (2015) — L’ordalie numérique. Adolescence.
Lachance (2016) — Adophobie : le piège des images.
van Gennep (1909) — Les rites de passage.



